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L'anéantissement, la destruction...
Il n'y a pas un instant de cette pièce qui ne soit pas d'une extrême violence. Dès le début, avec la présentation d'Edmond, le bâtard de Gloucester, il est question d'une femme forcée. Peu après, voici Cordélia prête à être donnée à Bourgogne ou à France... on passe en quelques secondes des saignements du viol et de l'accouchement à ceux de la défloraison. D'où cette question : Qu'est ce que la vie, à quoi nait-on et comment théâtraliser cette violence, cette destruction ?
On est bien loin d'une quelconque affaire psychosociologique autour d'un vieillard sénile et d'une famille qui se défait et il ne s'agit pas de travailler une figure paternelle et familiale, ou un rapport incestueux entre Lear et Cordélia qui « expliquerait » la démence de Lear. Ce n'est pas ce fil qui va nous mener mais plutôt celui de cette bousculade presque velléitaire infligée au monde et les fragilités qui se révèlent alors : dans ce monde qui ne sait plus où il va, comment les êtres évoluent-ils, se transforment-ils?
Crudité théâtrale: pas de "scène"
Comment faire entendre cette violence de la façon la plus simple possible, sans treillis militaire, veston gris et chapeau mou, ni décors d'un moyen âge hasardeux, en ne laissant que le texte et les acteurs qui le disent dans la plus grande nudité, la plus grande crudité théâtrale? Il nous semble que rien ne devrait être plus violent qu'une fonction théâtrale qui nie complètement ses effets de représentation spectaculaire.
Ainsi, les choses seraient-elles d'emblée données : nous sommes au théâtre et tout est montré. La fiction est celle de l'écriture, non plus celle du plateau. Le dispositif théâtral obéit à cette logique. La lumière englobe tout l'espace sans mystère ni effet d'aucune sorte. Il n'y a aucun accessoire, aucun son, seulement 4 acteurs et le texte."