En 1981, alors que l'ère Reagan vient de commencer, se forme le groupe Sonic Youth : fortement influencé par la bouillonnante scène new-yorkaise à peine remise de la déferlante Television / Suicide / Ramones / Patti Smith, et encore sous l'emprise de la No-Wave (musique très âpre mêlant rock, bruits, jazz et quelques expérimentations modernes), réponse nihiliste américaine à la new-wave britannique. Lancé par le mythique guitariste-compositeur Glenn Branca et son label Neutral (c'est aussi lui qui présentera Lee Ranaldo à Thurston Moore et Kim Gordon, Steve Shelley ne les rejoindra qu'en 1984), le quatuor adopte une nouvelle façon de composer, crée une structure inédite de chanson, joue avec des guitares mal accordées, ne recule devant aucune dissonance et fait surtout beaucoup de bruit. Et alors qu'émerge aux U.S. un vrai courant hardcore post-punk (Minutemen, Black Flag, Butthole Surfers, Meat Puppets), Sonic Youth forge sa réputation sur scène, notamment en Europe, tournant quasiment non-stop jusqu'en 1988.
Après un passage chez Homestead, c'est SST, le label californien de Black Flag, qui les accueille pour deux albums, mais c'est Enigma que sort leur double LP « Daydream Nation », album qui leur vaudra la reconnaissance de la critique musicale. C'est également au sein d'Enigma qu'ils enregistrent « The Whitey Album » sous le nom de « Ciconne Youth », inspiré de Madonna. Jusqu'à ce qu'une major (Geffen), en 1989, ne réussisse à les convaincre en leur proposant un accord qu'ils ne peuvent refuser. Une signature largement accompagnée de lamentations déçues de ceux qui leur prédisent le pire : jusque là, aucun groupe indépendant n'a connu le succès au sein d'une major, exception faite de R.E.M.. On ne sait pas encore tout à fait à quel point ces prophètes amateurs se sont trompés : après 14 albums, un nombre incalculable de projets annexes et la construction de leur propre studio en 97, alors que toute une génération d'artistes se réclament de leur héritage (Pavement, Sebadoh...), Sonic Youth court toujours.
Côté scène, on n'a rien à leur envier ! Ils sont toujours l'un des meilleurs groupes live du moment. Imaginer le mordant rock, la séduction pop le tout transcender par de vertigineuses impros psychédéliques. Des concerts intenses à vos risques et périls, dixit la rumeur.
Juin 2002 sortie de l'album "Murray Street" avec un cinquième membre dans le groupe, Jim O'Rourke.