
Il ne s'agit pourtant pas d'accumuler le plus de décibels possible ni d'empiler les propositions les plus complexes, plutôt de maintenir tendu un discours général qui glisse à la surface temporelle et ne souffre aucun relâchement ni laisser-aller. Alternant des périodes de convulsion et des plages d'indécision, les compositions (signées du batteur et du saxophoniste) s'intercalent entre les parties libres et donnent un corps supplémentaire à cette musique à la fois viscérale et cérébrale.
Le piano de Bram de Looze disperse des notes étales sans résolution, tandis que les cordes mêlées de Lester St. Louis au violoncelle et Nick Dunston à la contrebasse élèvent des architectures noires qui prennent au ventre. Les jeux sur les profondeurs (subtil travail de la batterie), les couleurs solidement charpentées et la matérialité physique du son (notamment dans les entrechocs saxophone et trombone) éprouvent l'oreille autant qu'ils la stimulent. Les tonalités sarcastiques et sévères en font une musique mature, âpre à la première approche mais qui se révèle à chaque écoute.