LIVE REPORT
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Depuis plus de trente ans, Tinariwen se produit régulièrement sur scène, poursuivant chaque fois un peu plus sa promesse de diffuser la culture touarègue. La tournée actuelle, qui accompagne leur dixième album, revêt un caractère d'urgence dans le contexte des événements en cours. En concert en France ce printemps, c'est d'abord à Paris que le groupe touareg se produit au mythique Cirque d'Hiver ces 8 et 9 mai 2026.
L'actualité, narrée à l'ère des formats courts sur les réseaux sociaux ou traitée dans des flashs - comme leur nom l'indique, concis et peu éclairants - accentue la confusion. Le mot « Touareg » a été utilisé ces derniers jours dans un contexte de rébellion particulièrement complexe, sans mise en perspective historique ni précision des différentes ramifications de ce peuple nomade.
Les concerts donnés ce week-end au Cirque d'Hiver Bouglione étaient autant attendus par les amateurs de blues du désert que par les communautés concernées, accompagnant la sortie d'un dixième album 'Hoggar', nouveau témoignage de la guerre au Mali, de l'exil, des bilans de la présence russe de Wagner et des divisions.
Sans déroger à la tradition, une partie du public est vêtue de tenues du désert, la tête enroulée dans des chèches indigo. Contrairement à la tournée précédente, Tinariwen n'utilise pas d'écran pour projeter des images du désert, mais profite de la configuration du lieu pour épouser la magie brute du Cirque. Les neuf musiciens s'étalent sur la piste circulaire, cerclée de gradins pleins à craquer.
Dans une ambiance incandescente, le public intervient à chaque morceau avec des cris, des youyous et des mots en tamasheq. L'ouverture du concert est très électrique dans le son et très rock dans l'énergie, laissant penser qu'une suite plus méditative et acoustique arrivera ensuite. Il n'en est rien : ce parti pris est maintenu pendant plus de deux heures, avec des instants de grâce comme l'apparition de la chanteuse soudanaise Sulaf, qui assurait la première partie quelques minutes auparavant.
La transe devient une fête permanente. Le groupe semble habité par un bonheur communicatif, maintenant un tempo moins contrôlé et une ambiance moins contemplative que sur les derniers albums, pourtant toujours excellents.
À l'heure où la création musicale se préoccupe de l'arrivée des outils d'intelligence artificielle, les Touaregs rappellent que leur univers semble impossible à détourner : une musique créée collectivement, inspirée par la puissance du désert et par leur histoire.
Après tant de tournées, il est épatant de constater que le groupe parvient encore à produire un sentiment d'évidence au moment où l'on s'y attend le moins. Tinariwen a encouragé et inspiré des générations de blues touareg tout en restant maître en la matière. Le groupe a ramené le désert dans une salle parisienne paradoxalement jamais autant peuplée d'âmes et d'énergies.
Live Report par Hervé Riesen
Rendez-vous aux concerts de Tinariwen le 11 mai à Rennes (le Mem), le 12 mai à Toulouse (le Bikini), le 12 mai à Cenon (Bordeaux, le Rocher de Palmer). + d'infos


