La première chose qui frappe lorsque l'on parle avec Yerso, c'est sa sincérité, un sentiment si fort qu'il l'amène à faire des déclarations choquantes pour plus d'un de ses admirateurs. Car, si Yerso n'est pas une chanteuse arménienne, qui peut donc revendiquer ce privilège ?
Dans l'esprit de Yerso, aucun compromis n'est possible, la douleur est trop vive, la plaie ancienne ne se refermera jamais : pour être une chanteuse arménienne, il faut pouvoir chanter sur le sol de l'Arménie...L'Arménie...
Elise Yeghiguian Ohannessian, née à Marseille, n'y a jamais vécu, pourtant elle l'a toujours connue. Son image est omniprésente, à la fois si proche et si désespérément lointaine, une image transmise par ses parents qui ont emporté avec eux, intact, le souvenir de la terre perdue. Il reste à Yerso le moyen d'expression le plus direct pour transmettre cet héritage et le plus chargé d'émotion : le chant.
Yerso n'est donc pas une artiste qui redécouvrirait ses racines mais qui, au contraire, transmet une tradition qui n'a pas été perdue. A travers les chants patriotiques à la gloire de héros entrés dans la légende comme Serop Vartanian, ou l'écrivain Avétis Aharonian, à travers les "goussanagans", chants très expressifs et théâtraux. Le même amour blessé pour la terre ancestrale trouve en Yerso une interprète passionnée à l'extrême. Pour une fois, l'expression de chanteuse "engagée", si souvent galvaudée et affadie, trouve sa justification. C'est que l'engagement de Yerso n'a rien de fabriqué, de raisonné ou de calculé : il est l'incarnation du désir simple, profond, inaccessible mais pourtant irrépressible de rester Arménienne.