Ils surgissent plutôt comme les éléments constitutifs d'un tout qui -
comme dans une anamnèse - sera remémoré progressivement ». Le texte est
découpé, remâché, comme éprouvé par la répétition, avec « tout à fait au
centre, le Et lux perpetua luceat », centre vers lequel on s'avance
mais qui se dérobe toujours. Rihm, qui se dit « doué pour la mystique »,
construit ici une liturgie imaginaire. « À travers une réflexion
circulaire, les couches à la fois consolatrices et profondément
inquiétantes de ces paroles deviendront peut-être sensibles ». La notion
de lumière semble prendre la place de celle de Dieu - pas de Credo,
trois mots de l'Offertoire ayant trait à la nuit infernale, deux
fragments du Dies irae (« jour de larmes où la poussière renaît » et «
homme accusé »), mais déplacés vers la fin de l'œuvre. C'est une
théologie musicale opposant un monde obscur, oppressant, où l'homme
reste impuissant, et la rencontre de Dieu à travers l'illumination. Dans
ce va-et-vient perpétuel entre consonance et dissonance, les chanteurs
vont du chant lisse à un « anti-chant » strangulé, et ils sont comme
tourmentés, parfois cinglés par le quatuor, la voix de l'intériorité,
pour composer l'arche immense de l'inquiétude.