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Ne pas se contenter de chanter ou jouer vaguement un air ou un thème en plaquant quelques accords approximatifs à la guitare, mais bien en collant au plus près au texte original : la voix, dans le cas d'un air d'opéra, ne serait transformée que dans son timbre, en conservant rigoureusement les lignes mélodiques écrites par le compositeur ; de même les lignes instrumentales ne seraient que «transcrites», c'est à dire simplement redistribuées, sans être transformées, à d'autres instruments.
Pour mener à bien un tel projet, deux qualités s'avèrent indispensables : être à l'aise avec l'écriture classique, étant donné le travail de déchiffrage de partitions qui s'annonce, et savoir arranger des titres pour un groupe de musiques actuelles. Deux qualités que Philos, initiateur du projet, possède pleinement : auteur-compositeur, arrangeur de plusieurs albums de rock ou de chansons (Qu'est-ce que je fais là ?, Oplus/Harmonia mundi 2007, Une nuit à l'Elysée, L'autonome/musicast 2010), il fut formé à l'école «classique» (Conservatoire et faculté de musicologie).
Après quelques essais, le projet évolue rapidement : plutôt qu'un opéra entier, ce seront des airs de différentes oeuvres qui seront transcrits. Puis la ré-orchestration s'étend à des thèmes non lyriques, sur lesquels viennent se greffer des textes originaux, soit parlés, soit chantés.
Au final, on peut classer les titres en trois catégories :
oeuvres lyriques ré-orchestrées
oeuvres lyriques ré-orchestrées et restructurées autour d'un nouveau texte
- pièces instrumentales ré-orchestrées et restructurées autour d'un texte
Les arrangements, orientés par la partition originale et la personnalité du compositeur, puisent dans toute l'histoire du rock, de sa forme la plus pure au reggae.
LES TITRES
"Triste prélude" est basé sur le prélude en Mi mineur de Chopin.
«Il vous faut chanter si vous voulez jouer du piano» répétait Chopin à ses élèves.
Et, particulièrement dans ce petit prélude on entend, de là-haut, Chopin nous chanter une histoire. Une histoire triste sans doute, d'amours déçues peut-être, que Philos tente d'imaginer en écoutant le thème circuler du trombone bouché à la guitare trémolo...
"Héros sans médaille" : «Il ne suffit pas de refuser la légion d'honneur. Encore faut-il ne point la mériter».
C'est autour de cet aphorisme d'Erik Satie qu'est articulé le texte de cette chanson basée sur la 1ère Gnossienne. Une légion d'honneur qu'Erik Satie n'aura d'ailleurs pas le loisir de refuser, tant ses compositions furent peu jouées et son génie peu reconnu de son vivant.
D'un point de vue musical, la «pompe» induite par la main gauche du piano est confiée aux cuivres, tirant le morceau vers une sorte de reggae tzigane.
"Air de la reine de la nuit", "Rondo alla turca" : «Je n'aime pas ceux qui ne rient jamais, ce ne sont pas des gens sérieux».
Après multiples tergiversations, c'est cette citation de Mozart qui orientera les arrangements de ces deux pièces. Il s'avère que l'évidence des mélodies du compositeur appelle quelque chose de très pur, très direct, très «punk-rock» en somme. Tous les arrangements sont ceux de Mozart, seule la structure de l'Air de la reine de la nuit a été légèrement modifiée, tandis qu'une ligne de chant et un texte évocateur (Mozart entre nous) ont été ajoutée au Rondo alla turca.
"L'amour est un oiseau rebelle", extrait du célèbre Carmen de Bizet, est une habanera, c'est-à-dire une danse cubaine du XIXème siècle. Est-ce pour cela qu'il faut si peu de choses pour donner un air des Caraïbes à cette partition de Bizet ? Une batterie et une guitare, tout juste, qui s'appuient sur la rythmique des contrebasses. Le titre glisse alors vers un genre de calypso vitaminé... La ligne de chant se fond naturellement dans ce nouveau décor musical.
"Je crois entendre encore" est un autre air extrait d'un opéra moins connu de Bizet, Le pêcheur de perles. Ici, le choix a été de mélanger texte original et commentaire personnel. La seconde partie du titre fait entendre la fin de l'air tel qu'écrit par le compositeur. Une fois encore, l'orchestration de Bizet est rigoureusement transcrite, des vents vers le piano électrique, des cordes vers les cuivres.
"Barcarolle" est un air des Contes d'Hoffmann d'Offenbach. Après une introduction durant laquelle les guitares électriques se substituent aux cordes classiques, l'adjonction d'un ukulele, de congas, ainsi que la voix suave d'Henri Stéphane emmènent le titre vers une sorte de valse tropicale, à la façon d'Harry Bellafonte.
"Stabat Mater" : «Debout, la Mère, pleine de douleur,
Se tenait en larmes, près de la croix ,
Tandis que son Fils subissait son calvaire»
Ainsi commence le Stabat Mater, séquence écrite au XIIIème siècle qui évoque la souffrance de Marie lors de la crucifixion de son fils Jésus-Christ. Après avoir été dépouillée de toute connotation religieuse, la première partie de ce texte sera divisée en couplets pour ce nouvel arrangement, dont les refrains seront constitués des premières mesures de la superbe polyphonie de Pergolèse. Une polyphonie où l'on peut entendre, se substituant aux cordes, un thérémin et un trombone se frotter l'un à l'autre dans des dissonances tendues...
"Où suis-je ?" : «De même que la poésie moderne prend sûrement racine dans certains poèmes de Baudelaire, on peut dire que la musique moderne commence avec l'Après-midi d'un faune». Pierre BOULEZ. On peut entendre ici se côtoyer une partie du texte original de Mallarmé, auquel Debussy se référa pour écrire sa partition, et une autre partie écrite pour l'arrangement.
Où suis-je ? n'est-ce pas la question que l'on se pose en écoutant ce prélude, tant
Debussy a tenté de brouiller nos repères rythmiques et harmoniques ? Sans compter qu'avec cette nouvelle orchestration, le titre parait plus inclassable encore...
"La cabane sur pattes de poule" : « L'interprétation artistique de la seule beauté est un grossier enfantillage, c'est l'enfance de l'Art. Les fouilles patientes dans les traits les plus secrets de la nature humaine, leur découverte, voilà la vraie mission de l'artiste »
Que Moussorgski ne se soit pas limité à l'interprétation artistique de la seule beauté est ici une évidence. L'arrangement très rock de cette pièce extraite des Tableaux d'une exposition nous invite bien plutôt du côté de l'étrange, du merveilleux, voir de l'angoissant...
"Poveri fiori" : Cilea n'est certes pas le compositeur d'opéra italien le plus connu. Son temps lui aura préféré Verdi ou encore Puccini. Un de ses airs les plus connus Poveri fiori (extrait de son opéra Adrianna Lecouvreur), se teinte de couleurs jazzy, façon Gil Evans, lorsque l'on distribue ses parties d'orchestre à des instruments électriques...
"Les danses polovtsiennes du Prince Igor" : «Je suis un musicien du dimanche» déclarait Alexandre Borodine. Son traveil (et en particulier son Prince Igor) aura pourtant marqué l'histoire de la musique beaucoup plus profondément que celui de nombreux musiciens «de métier»... Tony Bennet le premier avait arrangé ces fameuses danses : elles étaient devenues un standard du crooner Américain sous le titre «Stranger in Paradise». Pour la version «Mozart entre nous», il a été choisi de conserver le texte en anglais, mais de revenir à l'écriture musicale de Borodine. Le titre reste pourtant très proche de la comédie musicale New-Yorkaise...
Cette liste n'est pas exhaustive : le spectacle sera constitué d'une vingtaine de titres...
Les musiciens choisis pour accompagner le projet sont tous issus du milieu du rock alsacien :
Michel Latour, claviers, Marcus, trombone
Stephan Gens, guitare Pat, batterie
Le choix du chanteur s'est avéré particulièrement délicat puisqu'il était important qu'il soit à l'aise dans plusieurs registres du rock. Philos s'est tourné vers Henri Stephane Kuntzmann, avec qui il a travaillé de nombreuses années au sein du groupe Mulhousien «Action Packed», mais aussi dans d'autres petites collaborations (Salade de fruits, Une nuit à l'Elysée). Sa voix et sa large culture musicale lui permettent de briller pleinement dans des styles aussi variés que le rock le plus dur, le reggae, le jazz, ou encore la chanson française.