Le 17/02/2005 - Paris.
Ce qui m'intéresse chez Georges Moustaki (G. M.) sur scène :
Pourquoi il va faire telle chanson
Ensuite de quelle manière il va la jouer
Enfin par quoi va t'il la faire suivre.
Je regrette de ne pas l'avoir entendu plusieurs soirs d'affilés car cet équilibriste n'est pas du genre à répéter le même numéro. Il fait du sur mesure pas de l'industriel. C'est rare et pas évident dans un tour de chant mais lui a suffisamment de matériel a sa disposition pour faire varier le plaisir qu'on trouve à l'entendre. J'ai eu de la chance que mes parents veuillent bien nous amener à Paris pour nous faire découvrir la capitale mais aussi qu'ils nous emmènent au « Petit journal Montparnasse » (P.J.M.) http://www.petitjournal-montparnasse.com/ où il a ses habitudes aux environs de la Saint Valentin. Nous étions présents le mardi soir. Hélas le lendemain nous reprenions le train, car nous l'aurions volontiers écouté une fois encore.
Pour les provinciaux comme nous, le P. J. M. a de gros avantages. C'est accessible en métro, c'est facile à trouver et une fois dedans, c'est convivial. . On nous a fait un tarif familial (merci à la dame blonde accueillante à la caisse) et nous avons eu droit chacun à une boisson - la limonade est comme on l'aime : aussi délicieuse que celle de Casino, servie dans un grand verre avec la rondelle de citron - Arrivés à 20h30, nous avons trouvé facilement à nous asseoir prés du bar car le P.J.M. est avant tout un restaurant. Les soirs de spectacle, il est cependant possible d'y entrer car la direction ne refuse personne. Ca débute vers 22h et ça se termine aux alentours de minuit, ce qui permet de ne pas se précipiter pour attraper le dernier métro. La surprise en entrant, c'est que, les musiciens de G.M. étaient là aussi. Ils finissaient leur repas. J'ai envoyé mon père - qui aurait préféré aborder Maria Térésa Ferreira malheureusement absente - leur demander les autographes sur nos tickets de métro pour mon amie Tineké qui a un site original et très documenté sur G. M. : http://www.allex.tk/
Sur scène les instruments de musique habituels sauf le bouzouki remplacé par une 3ème guitare que G. M. va beaucoup utiliser. Le très discret M Toninho, quelques minutes avant le récital, s'assure que les guitares n'étaient pas désaccordées. 22h 08 ( Ce retard le contrarie t'il ?), la salle est remplie, le service restauration terminé, G. M. et les musiciens entrent en scène. Aujourd'hui, personne n'est en blanc. Il commence au piano par le même titre qu'à Marseille (« Merci la vie » pour le nouveau CD ?). Ensuite, un petit incident technique (du larsen) obscurcit son regard. Ouf! Ça passe car là est le moment rare de la soirée : G. M. va enchaîner « Déclaration » et « Gaspard ». Il est seul à la guitare car ce n'était pas prévu à voir la tête des musiciens. Même M Toninho reste perplexe mais ne lâche pas prise comme dans le CD (le meilleurs que ne mentionne pas son biographe) méconnu « Presqu'en solo » . Par curiosité je m'interroge sur ce qui se passe dans la tête de chaque spectateur. Il y a des gens qui doivent bien le connaître sans doute, présents ce soir. Viennent-ils pour être déconcertés ou par routine ? On ne peut pas dire que la salle n'était pas attentive mais G. M ; à ce moment précis était tenté de faire autre chose pour nous emmener ailleurs. La salle se prêtait à ce genre d'exercice périlleux. Je ne désespère pas d'avoir le privilège un jour d'y assister, sait-on jamais l'année prochaine ? . Durant la soirée il y a eu une très bon climat avec « La ruelle » à l'accordéon et « Nous avons le temps » en final mais ce n'était que des instants isolés. Il n'y avait pas cette ambiance si bien décrite dans « le funambule » (la chanson parfaite de J.-R. Caussimon). Ensuite (dans l'ordre alphabétique « Alexandrie », « Bahia », « Boucle d'oreille », « Emma », « Ephémère éternité », « Et pourtant dans le monde », « Faire cette chanson », « Grand-père », « Il est trop tard », « Il y avait un jardin », « Kaimos », « L'acteur », « La mère juive », « La ruelle », « Le facteur », « Le métèque », « Le promeneur », « Le temps de vivre », « Odéon », « Petit testament », « Quand j'étais un voyou », « Ma solitude », « Marche de Sacco & Vanzetti », « Nous avons le temps », « Sarah », « Si cet amour », « Votre fille à vingt ans ») c'est du meilleur Moustaki. C'est pas conventionnel, c'est à un autre niveau qu'Hugues Aufray (Nous avons vu 2 jours plus tôt au Gymnase son spectacle Félix Leclerc. H. A. nous a laissé 2 grands souvenirs car l'ambiance populaire et le plein air ont décuplé la qualité du gala : le concert de la fête des mères à Aubagne parc Jean Moulin et le concert Parc Henri Fabre à Fos Sur Mer. Ici son spectacle très professionnel et techniquement parfait dans un décor magique manquait un peu d'âme : c'était un peu d'air du grand large mis dans une bouteille à la mer. Il faut dire que M & Mme Renaud étaient dans la salle. H. A. en a un peu trop fait sur cette présence. A la place, il aurait pu glisser un petit mot sur le disque que François Béranger à sorti avant lui et avant de mourir sur Félix Leclerc), mais si on peut oser une petite remarque, il a manqué « La Seine, la scène, la cène », « Paris et une valse », « Le repenti » et bien sur « Milord ».
G. M. n'oublie jamais de nommer les musiciens et de les faire applaudir. Il a eu un mot pour les disparus, habitués du P.J.M., Sacha Distel, Claude Nougaro et Pierre Bachelet ( c'était sobre et bienvenu car sans coquetterie), il interpelle le public (pour « Marche de Sacco & Vanzetti » il feint de ne plus se rappeler le nom de l'auteur. Dans la salle un connaisseur a crié «1971, Giuliano Montaldo ». Il a réitéré sa demande et l'autre a répété en ponctuant d'un « T'es sourd Georges ? ». Un moment marrant. Pour « La mère juive » il signale qu'on peut comprendre la chanson sans forcement avoir de mère d'origine juive, pour «La ruelle » il rappelle qu'il a écrit un petit roman policier...) . La soirée se termine sur un petit incident. Alors que G. M. chante, un maniaque de l'autographe se plante devant la scène et le supplie pour une dédicace en direct. Ce geste idiot rencontre un refus glacé. Plutôt que de s'éclipser, l'individu insiste et se voit prié poliment par le gérant d'aller se rasseoir. On sent que l'agacement pour cette pratique à rompu le charme d'une belle soirée. Entre temps, les fumeurs ont succombés à leur vice, la pendule allait indiquer minuit, il était temps de se séparer sans que G.M. ai utilisé sa guitare noire.
En attendant le métro et durant le trajet vers la porte de la Chapelle, allez savoir pourquoi on sifflote, « Paris a le cur tendre ». Sans doute parce que le plus parisien des métèques n'a pas jugé bon de nous l'interpréter