Canblaster, Sam Tiba, Myd et Panteros666 se présentent sous le nom commun de Club Cheval. Jeunes mais mûrs, érudits mais déconneurs, ils commencent la musique vers 2006-2007 : Myd et Panteros montent un groupe dance-punk, Sexual Earthquake in Kobe, autour duquel gravite déjà Canblaster, par ailleurs occupé à produire des bandes-son de jeux vidéo, et qui avait côtoyé Myd en BTS son à Roubaix. Club Cheval prend forme autour de 2009 avec l'arrivée d'un ami de Panteros à Sciences-Po Lille, Sam Tiba, pour sa part plus influencé par les sonorités jamaïcaines et afro-américaines.
L'idée derrière ce nouveau quatuor est la suivante : formuler des propositions d'avenir pour la musique de club, chacun en solo, mais avec une identité forcément commune. Les premières sorties datent de 2010, avec le EP collectif « Club Cheval », le magistral « Train to Bamako » de Myd, l'infernal « Barbie Weed » de Sam Tiba et l'imparable « Jetpack » de Canblaster. Tous réalisent des remixes, officiels ou non, qui tournent beaucoup sur le Net. À la rentrée dernière, c'est l'installation à Paris, et la sortie chez Sound Pellegrino du « Kegstand EP » de Panteros666, suivie en 2011 des nouvelles sorties de Myd, Canblaster et Sam Tiba chez Marble.
Oui, on sait : le coup du « son neuf », on vous l'a déjà fait mille fois, et vous n'y aviez jamais cru ou presque. Ça donne souvent de la musique qui se la raconte, avec plein de détails prétentieux et des idées de titres lamentables et, esthétiquement parlant, on finit vite avec le sentiment de s'être fait rouler dans la farine. Avec Club Cheval, c'est tout le contraire : on ne sait pas où on est, mais on se sent tellement bien accueilli par ces mecs qui vous parlent une nouvelle langue : c'est comme un rêve éveillé, tous vos fantasmes sonores sont réalisés et pour une fois c'est encore mieux que ce que vous espériez. On entend des échos de mille trucs qu'on adore - les chaloupes de la musique caribéeo-londonienne, le carambolage des mixes « cabaret », les nappes de tendresse spatiale Detroit via Tokyo, le nerdisme flamboyant de l'IDM -, sauf qu'ils y résonnent avec un nouvel accent, une nouvelle intonation. Les sons de Myd, Panteros, Tiba et Canblaster partagent tous cette tendance capricieuse à ne pas jouer le jeu du morceau linéaire, et à semer d'embûches le chemin du groove - comme les obstacles marrants dans Mario Kart - pour le rendre toujours plus excitant et toujours plus savoureux. Car leurs productions restent finalement respectueuses du format DJ - elles ont des breaks, des montées, des drops, tout ce que vous voulez. Mais on débarque malgré tout dans un nouveau monde, où l'on veut rester à tout prix. Alors restons-y.
