Quelle personne symbolise mieux aujourd'hui le Cap-Vert cet archipel d'îlots au large du Sénégal ? La réponse s'impose, évidente. La Diva aux pieds nus est devenue l'ambassadrice obligée de ce petit pays devenu indépendant en 1975. Mais Cize comme l'appelle ses amis n'est pas la seule à chanter. Dans les îles, à Lisbonne, à Paris ou New York une multitude de compositeurs, paroliers, chanteurs révèlent au public leurs mornas ou coladeiras. C'est à croire que tous les Capverdiens vivent par la musique.
Décembre 91 au New-Morning une femme d'une cinquante d'année, pieds nus sur scène, chante la morna, le blues du Cap-Vert. Véronique Mortaigne du Monde qui lui consacrera un livre, écrit: « Elle chante la morna avec une dévotion canaille... Elle appartient à cette aristocratie mondiale des chanteuses de bar ». Dès lors sa légende, qu'elle avait commencé à tisser dans les bars de son Mindelo natale, grandit dans toute l'Europe. Un an après « Miss Perfumado » sort en France. Ses deux concerts au Théâtre de la Ville sont complets. Les Parisiens découvrent une femme tout en rondeur et douceur chantant avec naturel et aisance et entrecoupant son récital de lampées de Cognac. Désormais, elle ne boit plus. Elle voyage répandant dans le monde entier le chant de l'âme capverdienne fait de mélancolie, de chagrin mais aussi d'espoir et de patience. Le soleil n'est jamais loin. En 1995, à New-York au Bottom Line, des artistes comme David Byrne, Madonna ou Branford Marsalis se pressent pour l'écouter. Le succès de la "Diva aux pieds nus" ne se dément pas, mieux il prend une ampleur parfois inattendue comme par exemple ce remix d'une de ses chansons, "Sangue de Beirona" par le DJ François Kevorkian joué dans les clubs de New York à Paris.
Cela l'amuse, elle qui est restée la même, une femme du peuple. Aujourd'hui elle doit sourire de contentement en voyant dans son sillage ses compatriotes apparaître dans les rayons « musiques du monde » chez les disquaires. Il serait difficile de les citer tous tant ils sont nombreux. Il y a le compositeur Jovino Dos Santos celui qui fut, un temps, son directeur musical, Bau aujourd'hui virtuose de la cavaquinho (petite guitare à quatre cordes), Bana un monument depuis trente ans de la musique cap-verdienne, qui met le plus de sensualité dans ses coladeiras. Et puis il y a la nouvelle génération, les enfants de la diaspora (près des 2/3 des Cap-Verdiens vivent à l'étranger): Teofilo Chantre dont on retrouve trois compositions dans « Miss Perfumado », Fantcha la "petite soeur" de Cesaria emigrée à New-York, Boy GE Mendes, Vasco Martins, Paulino Vieira, sans parler des poètes (B.Leza, Manuel de Novas...) qui donnent leurs mots à tous ces musiciens et chanteurs.
Cesaria et tous ceux-là qui donnent des couleurs à la nostalgie pour mieux nous faire aimer la vie.