Il cherche d'abord appui dans l'air. Car dans Catapulte, les cordes sont de gorge timide. Elles parlent pour des mains qui tremblent en prière et relèvent les yeux sur le géant américain. Pour autant, le duo Valayé/Cormier est une affaire d'amitié signée comme arabesque. Sur faible pente, les voix jumelles ascensionnent. Et de cette envolée ponctuée par le vol battu des rythmiques, se diffuse un air enveloppant. Curieux paradoxe que l'étendue aérienne pour décor intimiste.
Le sentiment d'élévation perdure à l'entrée d'une Cage. Gardée par un chœur qui semble prendre le temps pour quelque chose comme les yeux peuvent s'arrêter sur un sol carrelé de bavardages ou sur un mur de fantômes en bas-relief, l'air paraît solide, défiant la gravité du titre. Les octaves communient sans s'apercevoir que l'objet de leur émerveillement est un détail du néant. S'il y a donc communion, c'est au centre d'une géométrie resserrée par une rythmique épaisse, méthodique tandis que la guitare constate les plaies. Le chœur s'efface. Pourtant, à voix basse, à voix haute, on suppose autant qu'on revendique. On questionne avec endurance ce qui est vu, entendu. On domestique les angles. On abolit les définitions. Cage est résilience. Parti pris du prisonnier. Les barreaux ponctuent, cadrent l'horizon après de longues méditations. Espace quadrillé comme il servait au peintre pour reporter les proportions.
Un saut plus loin, à l'endroit d'où l'on vient. Guilhem ouvre le chemin à la lueur vive quand Zazie en étudie les aspérités longuement, d'un doigt pointé doux sur les parois. C'est la fresque de cette histoire humaine qui se raconte là, calmement, délestant chacun de sa culpabilité. Dans la forge, les souffles réchauffent un peu ici, là, au creux. Parfois musique est solidarité quand pudique, elle avance nue de mérite.
Pour Partir est un blues. Il y bat les dernières mesures d'un mourant. Requiem du misérable, qui reprise les accrocs d'une vie d'indignation silencieuse. Le verbe cisèle les bleus avec application tandis qu'autour, une horde danse macabre. A moins qu'on regarde au sol en baissant son chapeau car on y tape sévère et on y chante à l'austérité du chœur premier. Rien qui soit superflu. Partir avec l'essentiel bientôt sec sous la corde.
Catapulte est donc la brèche et la promesse. Les plaies sont embrasures sur d'autres lueurs.

valerie
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