

Ce tango, c'est un bandonéon du jazz, il évoque des tricots de ces temps tourmentés aux rayures multicolores, des psychanalystes à tous les étages et des militaires prêts à dégainer. Buenos Aires, ma ville, théâtre des scandales, de la dictature, de la censure, de la révolte, de la persécution. Au même moment, Paris, terre d'exils désirés, lumineuse et porteuse des rêves inassouvis.
Quand j'ai commencé à écrire mes premières chansons, j'ai eu l'envie d'inviter des voix qui pourraient donner un écho de mes ressentis face à mes expériences, « una ida y vuelta », un aller et retour. Je n'aurais jamais imaginé que mon pays soit aussi vaste, que mes sentiments liés à la nostalgie, à la solitude, à la révolte, auraient sculpté profondément ma façon de penser, de percevoir le monde.
Je suis fille de la dictature. Peut-être n'aurais-je pas dû partir ?
Rester aurait été le début d'une autre désobéissance. Je suis partie. Buenos Aires 72, porte la nature urgente d'exprimer avec ma voix toutes les images sonores qui m'ont traversée. Ce sont des moments de vie, des impressions qui me poursuivent et m'habitent aujourd'hui, et que j'aimerais colporter.