On a tout dit de lui tant il a fait couler d'encre ! Il a de fidèles fans et des détracteurs virulents. Il a brûlé la vie par les deux bouts, s'est taillé une réputation plus d'une fois sulfureuse avec ses excès en tous genres et des prises de position dérangeantes. Comme lorsqu'il assène, en 72, alors marié à Angela Barnett, qu'il est homosexuel.
Il a fréquenté et travaillé avec les meilleurs (Mike Ronson, Tony Visconti, Nile Rodgers, Iggy Pop, Lou Reed, Stevie Ray Vaughan, Brian Eno, John Lennon, Pete Townshend, Robert Fripp, Marc Bolan...) ; on lui doit le pire et le meilleur. Souvenez-vous de « Space Oddity », « Ziggy Stardust », « Hunky Dory », « The Man Who Sold The World », « Heroes », autant de titres qui ont marqué sa génération et celles qui ont suivi.
Dandy androgyne, star du rock, éphèbe éthéré talentueux, transformiste génial, caméléon musical, copieur avant-gardiste ou homme d'affaire averti, David Bowie ne se raconte pas, ne s'écrit pas ; il ne meurt pas, ne passe pas, ne vieillit pas : IL EST ! Même aujourd'hui, le cinquantenaire n'en finit pas de charmer et séduire le public avec un magnétisme puissant et un charisme hors du commun. Allez le découvrir sur scène, vous comprendrez !
David Jones voit le jour à Londres le 8 janvier 47, grandit tant bien que mal bercé par Little Richard, Jimmy Reed ou Chuck Berry. L'école ne l'enchante guère, il lui préfère la musique ; il apprend à jouer du saxo. Il débute dans une agence de publicité, s'adonne rapidement à sa passion et commence à jouer et chanter dans des groupes mods. Son premier disque « Liza Jane » (64) passe inaperçu. Il devient David Bowie pour éviter la confusion avec Davy Jones des Monkees. Il s'intéresse au bouddhisme, apprend l'art du mime, rejoint l'équipe du mime Lindsay Kemp' et monte sa propre troupe Feathers' qui mêle mime, poésie et musique. En 69, signé chez Mercury, il lâche sa première bombe « David Bowie » qui deviendra par la suite « Space Oddity ». Années 69/70, il joue avec Marc Bolan et T-Rex, rencontre Tony Visconti (producteur et bassiste) et Mick Ronson (guitariste) et jette les bases de son génie : cette aptitude à se réinventer en permanence. Sortent « The man who sold the world » aux accents heavy, puis « Hunky Dory » (71) où il pose en robe d'homme avant l'incontournable « The Rise & the Fall of Ziggy Stardust and The Spiders From Mars ». Ziggy, star androgyne scandaleuse (il avoue sa bisexualité) déchaîne les foules, fait scandale et provoque le raz de marée Bowie. Ziggy, trop encombrant, sera suicidé le 3 juillet 73 !
Outre ses propres albums, David Bowie produit certains artistes de sa famille musicale et relance la carrière de Lou Reed (« Transformer ») et des Stooges (« Rain Power »). Il s'invente un nouveau personnage, celui de « Diamond Dogs » (74), Halloween Jack', centaure canin cruel et disjoncté. C'est à cette époque qu'il s'immerge dans la musique noire et la soul. Il s'installe à Philadelphie, travaille avec des musiciens noirs avant de partir à L.A. où il enregistre, avec Nicolas Roeg, « The man who feel to earth ». Nouveau personnage en gestation, The Thin White Duke', est le fidèle reflet d'un Bowie famélique et junkie (accro à la cocaïne), extraterrestre éthéré en phase avec son « Station to Station » (76), album de soul expérimentale. Paumé et provocateur extrême (il ira jusqu'à faire le salut nazi lors d'un concert) , il s'exile à Berlin pour se retrouver. Effervescence avant-gardiste berlinoise : en pleine explosion punk, il enregistre avec Brian Eno (ex-Roxy Music) trois albums fortement influencés par Kraftwerk et les longues plages instrumentales : « Low », « Heroes » (77) et « Lodger » (79). Il réalise aussi deux albums clés pour Iggy Pop (« Just for life » et « The Idiot »), joue avec Marlene Dietrich (« Just a Gigolo »), se met à peindre et découvre le vidéoclip avec Ashes to Ashes' et Fashion', extraits de « Scary Monsters » (80). Avec la pièce « Elephant Man » à Broadway, il s'offre une vraie place de comédien reconnu et sollicité. Fin d'une période riche et productive, Bowie devient acteur : il jouera avec Deneuve ou Sarandon, sera dirigé par Tony Scott ou Nagisa Oshima. 1983, il revient avec « Let's Dance » (EMI), album à tubes pour faire danser la planète (China girl', Modern Love'). David Bowie semble abandonné par sa créativité et son sens divinatoire des tendances. Avec « Absolute Beginners » (86), la descente aux enfers' (ses propres mots) continue.
Les années 90 seront difficiles, il a du mal à s'imposer avec son nouveau groupe de rock abrasif Tin Machine' (deux albums sans réels échos) et tente de relancer sa carrière cinématographique sans grand succès... En 1995, il se remarie avec le top-model Iman, retravaille avec Brian Eno et sort l'exigeant « Outside », album industrial-rock expérimental. Remis au goût du jour par la jeune génération grunge (Nirvana et sa reprise de The man who sold the world'), il devient le père précurseur de l'alternatif.