SZIGET FESTIVAL

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29/08/2019

INTERVIEW / A la rencontre de Bassey Ebong lors de son concert au Sziget

Il a passé toutes les étapes du tremplin Sziget France pour accéder à l'Europe Stage, à mi chemin entre les deux grandes scènes du festival. Vous avez peut-être déjà entendu parler de Bassey Ebong ?
Il avait emmené sa chorale, la Bloom Gospel Choir, en demi finale de la France a un Incroyable Talent. Aujourd'hui, c'est sous un soleil de plomb que l'artiste d'origine nigériane excelle, emmenant le public présent dans sa musique world plus que convaincante. Et juste après ce moment captivant, il accepte de nous rencontrer pour échanger sur sa carrière.

 

On ressort tout juste de ton concert au Sziget, quel est ton ressenti ?

J'ai adoré être là, vraiment. Il faisait chaud, mais franchement j'ai donné tout ce que je pouvais. Je remercie vraiment le Sziget pour l'opportunité, et l'organisation, car Sziget France m'a beaucoup soutenu, je les remercie pour ça.



Quel a été le processus pour que tu puisses y jouer ?

Tout s'est organisé par tremplin. On était 400 pré-sélectionnés. Cinq d'entre nous ont été choisis par les internautes sur les réseaux sociaux pour aller en finale. Une fois au Supersonic (ndlr. Salle de concert où s'est déroulée la finale), nous avons fait de notre mieux, et nous avons gagné. C'est comme ça que nous avons pu jouer ici aujourd'hui.



Comment s'est créé tout ton projet musical, pour pouvoir en arriver là ?

J'ai grandi au Nigéria. J'ai vécu un peu partout, à Londres, aux Etats-Unis. Je suis tombé amoureux de la France et j'ai décidé de m'installer à Paris. J'écris, je compose, je dirige, et j'ai une chorale - Bloom Gospel Choir - que je dirige aussi.
Il y a quelques années, j'avais composé pas mal de morceaux qui parlaient de ma vie, de mon ressenti, de ma vision des choses autour de mes trois thèmes principaux : Love, Live, and Humanity - l'Amour, la Vie et l'Humanité.
J'ai commencé à collaborer avec des amis, dont Nico Bogue, Arthur Boniface, Camil Kanouni, Marion Simonny, Lucie Pasco, Marine Arcoiris -également chanteuse- et Benjamin Samama, mon directeur musical. On a essayé de créer quelque chose un peu afro-électro-pop, mais avec une couleur 80s. J'ai une bonne équipe et musicalement ça suit. C'est ça la musique, on continue à mettre des choses en place et on n'est jamais satisfaits. Mais on est vraiment heureux d'être là, et j'espère que le public a aimé ce que l'on a partagé.



On ressent dans tes textes, dans ta communication, que tu as beaucoup de valeurs à partager...

En fait, il y a un message qui me touche beaucoup : l'humanité. Plusieurs de mes morceaux en parlent, mais je n'ai malheureusement pas pu tous les chanter aujourd'hui.
Il y a notamment le morceau Stand, que l'on a joué tout à l'heure, que j'ai composé durant les émeutes entre les policiers et les Noirs aux USA.
Et Proud, que j'ai composé après une mauvaise expérience à la préfecture pour récupérer mon titre de séjour. Un homme m'a dit que les Noirs n'avaient pas leur place ici. J'ai écrit ce morceau en réponse à cette personne, car je suis Africain et fier de l'être. Je dis Africain dans ce morceau comme je pourrais dire Européen ou qui que ce soit d'autre. L'idée c'est qu'on est qui on est et on a le droit de vivre, de partager les mêmes valeurs et les mêmes opportunités sans avoir à se sentir inférieur.
Je me suis penché sur ce thème pour en parler en toute humilité, d'après ma vision des choses.
Maintenant, est-ce que les gens voient la même chose ?... Je pense qu'il y a pas mal de gens qui partagent cette vision.

Si on regarde le Sziget, on vient tous ensemble, de pays différents, de cultures différentes, on se mélange et on fait la fête. C'est ça que l'on espère voir dans le monde. Malheureusement, ça avance, ça recule... Alors même si on ne peut pas changer le monde, on peut peut-être au moins faire réfléchir quelques personnes, qui pourraient se dire "Ce que je fais, ce n'est pas bien".
Je chante beaucoup l'amour aussi, la mélancolie, le heartbreak, le love you, j'adore ça car j'ai vécu beaucoup de choses dans ce créneau je dirais.
Tout tourne autour de mes trois thèmes principaux : l'Amour, la Vie et l'Humanité.

 

 

 

Ce sont ces valeurs que tu mets sous forme de texte à des moments clés de ta vie ?

Oui, exactement. Quand il y a quelque chose qui me touche, je me mets à écrire. Parfois ça donne un bon morceau, parfois ça donne un morceau juste pour moi, chez moi (rires). J'ai hâte maintenant de pouvoir en partager le plus possible, en espérant toucher le plus de monde possible, pour pouvoir partager ma vision. J'espère qu'à travers mes paroles, mes messages, je pourrai toucher certaines personnes, leur donner du courage et de la force. Ce serait le plus beau cadeau pour moi

 


Y a t-il un titre en particulier qui représente ces valeurs ?

Chaque titre a sa voix, mais je crois que Stand porte un message très important, du côté humanité. Du côté amour et espoir, il y a Serenade, avec sa version guitare voix qui m'a amené au Sziget (ndlr. Serenade lui a permis d'être parmi les 400 pré-sélectionnés). On a joué cette version tout à l'heure, je tenais à la jouer même si c'est moins adapté au lieu.
Si j'avais dû choisir un titre pour le tremplin, je n'aurais pas sélectionné celui-là. Mais mon amie Wendee - chanteuse et rappeuse - m'a dit de l'envoyer, et finalement c'est grâce à ça qu'on est là (rires).

 

 

 

Le Sziget rassemble plein de gens de plein de pays et très différents pour partager cette force et cet amour. L'anglais est aussi dans tes paroles pour ça ?

J'essaie d'utiliser l'anglais le plus possible. Je sais qu'en France et dans le monde, on parle assez bien anglais. C'est une langue qui nous réunit. À travers l'anglais, j'essaie de partager le plus possible, voire de faire du franglais quand je peux. J'essaie aussi de chanter dans ma langue du Nigéria, que je glisse de temps en temps dans des refrains. Mais je garde l'anglais en priorité pour faire passer mes messages au plus grand nombre possible.



Il y a déjà eu d'autres dates qui t'ont permis d'avoir un ressenti similaire à celui d'aujourd'hui ?

J'ai déjà fait quelques dates, et en dehors des petits festivals que j'ai pu faire, je retiens la scène du FGO-Barbara en février dernier qui m'a vraiment touchée. C'est ce concert qui m'a donné envie de continuer à partager le message que l'on a partagé ce jour-là. J'ai vraiment ressenti quelque chose qui m'a donné de l'espoir, l'envie de continuer à partager. Même si on n'est personne d'une certaine manière, je pense qu'au travers de la musique on pourra toucher une ou deux personnes, après on ne sait jamais !

Je ne pense pas que l'on ne soit personne, la preuve avec d'autres artistes, comme U2 ou Beyoncé, qui arrivent à passer des messages, pourquoi pas toi !

J'espère pouvoir toucher des personnes de cette manière. Ce sont des artistes que j'aime bien. Les messages de U2, Bono, me paraissent très forts pour l'humanité et l'environnement. Beyoncé aussi porte des messages très forts. J'aimerais bien amener ma petite contribution à cela, même si c'est tout petit, en espérant toucher ne serait-ce qu'une ou deux personnes.



Tu as commencé à composer il y a combien de temps ?

J'ai commencé à l'âge de 11 ans. Et à diriger à l'âge de 12 ans. J'entendais des choses, mais je ne savais pas ce que c'était. Ma mère me disait que j'entendais des sons. J'ai alors commencé à écrire des petites choses.
J'ai chanté et composé beaucoup de Gospel, c'est par là que j'ai commencé à diriger des chorales. C'est aussi ça qui m'a donné envie de continuer, après mes études, à partager, composer, sans attendre quelque chose en retour, juste pour partager.
Je fais des rêves où j'entends des sons, ou j'en entends dans ma tête durant la journée, parfois j'ai l'impression que je suis fou (rires) mais c'est comme ça, c'est ce qui m'amène à composer. Et quand je vois ensuite certaines personnes partager ces valeurs et ces morceaux, ça me fait plaisir.



Quelles sont tes prochaines étapes ?

On va essayer de préparer de nouvelles choses à partager, de voir si l'on peut trouver un label, et d'autres endroits où jouer, comme des festivals. On doit organiser deux-trois choses en rentrant en France en espérant avoir un maximum de dates.

 


Propos recueillis par Sébastien Martinez