Le génial touche-à-tout bristolien revient à la vie et à la musique après une chute vertigineuse dans le noir. Il en profite pour sortir son sixième album « Blowback » (10/07/2001), prouvant à tous qu'on peut encore compter sur lui.
On a certes déjà beaucoup dit et écrit sur le jeune prodige de Bristol. Adrian Thawes, dans le civil, passe une jeunesse turbulente dans la banlieue bristolienne avant de traîner avec la Wild Bunch, collectif de Djs et rappeurs. C'est là qu'il rencontre les membres de Massive Attack avec lesquels il collabore sur « Blue lines », puis « Protection ». Très vite, le jeune Tricky kid souhaite voler de ses propres ailes. Bien que partageant les mêmes influences (hip hop, dub, soul...), il a déjà une manière bien à lui de traiter la musique avec une composition bien plus instinctive. Départ à Londres où il publie « Aftermath » à 1000 exemplaires, histoire de se faire connaître. Il signe avec Chris Blackwell sur Island et sort sur la lancée « Maxinquaye » (95), véritable profession de foi dédiée au trip hop. Avec l'apport vocal de Martina, il réussit la synthèse quasi parfaite entre les défrichages sonores de Massive Attack et la mélancolie contagieuse de Portishead. Sublime fusion de rap, rock et r'n'b, traitée à sa façon répétitive de manière bien plus crue et névrotique. On crie au génie, les média portent aux nues Bristol et le trip hop et le propulse chef de file.
Le producteur infatigable, le compositeur prolifique, le bidouilleur inlassable se lance alors dans une quête du Graal dangereuse. Il sort coup sur coup « Nearly God » puis « Pre-millennium tension » (96) qui illustre déjà à merveille la paranoïa et la noirceur dans lesquelles il sombre. Provocateur démoniaque, il hurle son goût pour les pétards, raconte ses visions angoissantes. Artiste sans foi ni loi, il est capable du meilleur comme du pire. Allant jusqu'à jouer quatre heures ou annulant sans raison ses concerts. Il reste pourtant ce musicien surdoué qui sample aussi bien le bruit du fax, les cris de la rue ou un accord de guitare. Associe des bruitages incongrus et anachroniques, crée à tout moment de nouveaux morceaux éphémères, le temps d'un concert, par exemple. « Angels with dirty faces » (98, Island), album hermétique à la rugosité ardue, confirme la tendance auto-destructrice de Tricky. Il s'embourbe dans une musique hermétique, s'enferme dans ses démons. On parle alors de folie, drogue, maladie... On croit le mythe terrassé, Tricky est/ou rien fini.
2001, le boxeur de l'ombre retrouve foi en lui-même. Apaisé, plus serein, il retrouve le chemin des studios, invitant au passage quelques noms (tels Cyndi Lauper, Ed Kowalczyk de Live ou Alanis Morrissette) pour lâcher son « Blowback » qui marque le retour à une musique plus accessible. Confirme son talent à échafauder des montages musicaux, travailler la mélodie, prouve son appétit à ingérer toutes influences et à faire feu de tout bois. Dans la foulée, il quitte aussi Island, récupère Chris Blackwell dans ses bagages comme manager. Tricky, la rédemption ?
Mai 2003 l'ex-prince des ténèbres qui vit en Californie sort un septième album, "Vulnerable".
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