« L'orage est proche » murmurait Piers Faccini dans l'un des sommets de son précédent album. La tempête a eu lieu, nous sommes toujours là, un peu sonnés, et Piers nous invite à partager son râga du matin. 11 chansons limpides et apaisées comme un lendemain. Le 4e chapitre d'un dialogue entamé il y a sept ans.
Entre « Leave No Trace », premier album intime d'un artiste peintre tout à son bonheur un peu miraculeux de chanter en famille et « My Wilderness », œuvre totalement produite et conçue par un chanteur-auteur-compositeur en pleine possession de ses idées, tout a changé : les beaux studios (Ferber,Los Angeles), les producteurs avertis (JP Plunier, Renaud Létang), les tournées à travers le monde, un succès suffisant pour vivre de la musique.
Et bien sûr, rien n'a changé : Pour Piers, enregistrer ses chansons consiste toujours à s'entourer d'amis à qui il peut parler d'une musique qu'il entend avec insistance, des complices qui se mettent au service d'un phantasme partagé. Depuis un an ou deux, les amis invités à jouer et enregistrer de la musique à la maison se nomment Jules Bikoko, bassiste, Rodrigo d'Erasmo, violoniste, , et Simone Prattico, batteur.et percussionniste. On appelle ça un groupe et avec ce groupe comme celui-là on peut prendre la route. N'importe quelle route.
La musique de Piers Faccini ne passe jamais en force. Elle suggère, frôle, évoque sans insister, à tel point que l'on ne sait plus si ce sont la joie ou la peine qui ont provoqué nos larmes inattendues. Pensant s'embarquer dans un récit folk épique opposant mendiant et voleur, une trompette rom (Ibrahim Maalouf comme on ne l'a jamais entendu) vient vous cueillir et vous déposer sur un chant napolitain diabolique. Impression trompeuse de familiarité lorsque Makan Tounkara entame l'introduction de « Tribe » au N'goni : La musique africaine et plus particulièrement malienne font partie du vocabulaire de Piers Faccini au même titre que le folk britannique ou le blues du Delta. Mais à la suite d'un changement de cap dont lui seul à la boussole, le maitre de cérémonie décide ici de nous entrainer dans une danse-transe qu'on se surprend à réécouter en boucle jusqu'à épuisement des troupes. Et que dire de « No reply », cette vraie-fausse tarentelle sur laquelle le complice de vingt ans Vincent Ségal vient jouer comme si sa vie démarrait ce jour là...
Le monde de Piers Faccini est cruel et charnel, rythmé par des tambours et adouci par des cordes et du crin. Un monde né pour être chanté et bâti pour la danse. Un monde sauvage.