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MATMATAH

MATMATAH

Après neuf ans d'absence, Matmatah a annoncé son retour le 23 septembre dernier. Tristan Nihouarn, Eric Digaire et Benoît Fournier, rejoints par Emmanuel Baroux à la guitare
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En 1998, lorsque Matmatah sort son premier album, « La Ouache », le jeune groupe brestois ne
s'imagine pas encore que le train vient de démarrer et qu'une fois lancé à pleine vitesse, les escales se feront rares.

Contre toute attente, le phénomène Matmatah s'exporte rapidement hors de Bretagne et le groupe s'affirme comme une place forte du rock hexagonal : les disques s'écoulent à un rythme
effréné, les tournées sont sold-out. Lambé An Dro, Emma, Derrière ton dos, L'apologie sont autant de
nouveaux hymnes pour une génération pas encore frappée de plein fouet par la crise.


En 2001 sort « Rebelote », gorgé d'influences classic rock. Artistiquement, le groupe amorce un virage radical et l'assume. Matmatah évolue, comme le monde qui l'entoure.Benoît Fournier remplace Fanch à la batterie en 2003.

Le troisième album, « Archie Kramer », marque un passage à l'âge adulte pour Matmatah. Après avoir
profité de l'insouciance de ses vertes années, le groupe délivre désormais des messages plus
concernés. « La décadence d'une Amérique à contempler sur Fox » évoquée dans Alzheimer résonne
encore étrangement aujourd'hui...

Matmatah continue sur sa lancée avec un quatrième album, « La Cerise », paru en 2007. Mais la longue tournée qui suit exacerbe les tensions et le groupe tire sa révérence en 2008.

A l'occasion des vingt ans de la création de Matmatah, Eric, Benoît et Tristan regardent avec tendresse dans le rétroviseur et publient, en 2015, le coffret « Antaology », offrant de nombreux inédits, démos ou versions live.

L'idée d'une reformation fait alors son chemin. Mais pour eux, il ne s'agit pas simplement de partir sur
les routes jouer d'anciens titres. Ils ont des choses à dire. Il est à nouveau temps d'écrire.Emmanuel Baroux, qui avait déjà accompagné Tristan Nihouarn sur sa tournée en solo, prend la suite de Sammy à la guitare.

Matmatah embarque en août 2016 pour l'Angleterre, accompagné de Bruno Green, en charge de la réalisation d'un nouvel opus. En l'espace de quelques semaines, les automatismes reviennent, le sentiment d'urgence jaillit de la section rythmique, toujours constituée d'Eric Digaire et de Benoît Fournier. La voix de Tristan Nihouarn, tantôt tranchante, tantôt émouvante, n'a pas bougé.

Rapidement, onze nouveaux titres sont mis en boîte. Alors qu'ils annoncent officiellement leur retour sur scène en septembre, les places de concerts s'arrachent sans qu'ils n'aient même eu le temps d'évoquer un quelconque nouvel album. Il faut croire qu'ils étaient attendus...

« Plates coutures » est mixé en octobre 2016 à ICP, Bruxelles, puis masterisé à Abbey Road, Londres. Le résultat ? Une immense bouffée d'oxygène à un moment où l'atmosphère générale est emplie de tensions. Dans cette ambiance délétère de fin du monde permanente, Matmatah répond aux maux par les mots.

« Ça y est, nous y sommes », clament-ils d'ailleurs d'entrée. Le message vaut autant pour saluer leur
retour après neuf ans d'absence, que pour souligner le triste état de notre planète, dans un déluge
d'électricité et avec un refrain atomique. L'expression « fin de civilisation » est lâchée dans un texte aussi cynique que désespéré.

Nous y sommes stigmatise l'égoïsme et l'aveuglement d'une Humanité dont le baroud d'honneur est tout sauf glorieux. L'évidence mélodique de Lésine pas, qui appelle à inverser la tendance et à faire parler l'amour plutôt que la haine, se pare d'une ironie bien sentie (« T'inquiète, il en restera »).

Avec son riff sulfureux, Petite frappe renoue le temps d'une chanson avec de légères consonances
celtiques, histoire de boucler la boucle, et dénonce surtout des horreurs dans un format purement
rock. Un délicieux paradoxe qui joue encore sur les mots en y mettant « le coeur à l'outrage ».

Sans cibler personne, Marée haute les cible pourtant tous. Ceux qui, tels des surfeurs aux « tempes
grises », reprennent la vague pour briguer la gloire et le pouvoir, « de comptes en Suisse en
contentieux ». Ces nobles « phénix » pourtant coupables d'« impardonnables fautes », reviennent
inlassablement mettre les mains dans des pots de confiture qu'ils ont préalablement vidés. Vue de leur côté, l'histoire en est d'autant plus jubilatoire...

Jouant sur l'émotion et la retenue dans un format peu conventionnel, Toboggan a des allures d'ovni,
avec ses choeurs lointains et son pont ensorcelant sur lequel Dana Colley, saxophoniste du légendaire groupe Morphine, est venu poser quelques couleurs envoûtantes. Sa finesse, sa fragilité et la diversité des lectures possibles rendent la chanson universelle.

Pour son retour, Matmatah ne pouvait ignorer son fief brestois. La visite est menée à cent à l'heure
dans Retour à la normale sur un tempo punk-rock convoquant l'esprit d'Iggy Pop pour trinquer sur le
pont de Recouvrance, au souvenir du bon vieux temps. Parce qu'on a beau revenir au bout de neuf ans d'absence, « On ne se refait pas », disent-ils avec gourmandise : c'est une chanson qui fait dire des choses aux corps dansants, aux voix qui se cassent, mais qui évite les palabres inutiles. Tout ici est organique, brûlant.

Ô ma beauté voit glisser des guitares délicieusement rétro pour servir une histoire « d'auto-amour » qui n'oublie pas de dénoncer la tendance égocentrée de notre époque.Au milieu de ce disque énergique et exubérant survient un morceau écrit et chanté par Eric Digaire,Entre les lignes, au spleen communicatif, bénéficiant d'une mélodie redoutable et d'un travail d'orfèvre sur les arrangements.

Overcom, chanson oppressante d'un groupe oppressé par la surinformation et l'obstination de medias
à remplir le vide décrété de nos cortex cérébraux, laisse la place à Margipop, gigue électrique et
transhumaine à l'enchevêtrement de guitares diabolique. La gravité du propos de Peshmerga est
contrebalancée par la délicatesse de la mélodie et des arrangements. Porteur d'espoir, ce morceau
conclusif atténue quelque peu l'inéluctabilité du destin que le début de « Plates coutures » semble
prédire à notre civilisation.

S'il n'y a qu'une chose à retenir du cinquième album de Matmatah, c'est que la lumière peut toujours jaillir de ces ténèbres où l'Humanité ne se lasse jamais d'être en guerre contre elle-même. Mais tout n'est peut-être pas perdu. On peut battre ou être battu à « Plates coutures », mais on ne
tombe pas sans résister. Et on peut toujours se relever.

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