Fille de Nina Simone, Lisa a eu une
trajectoire singulière. Ballotée d'un continent à l'autre dans son
enfance - au gré des péripéties de son illustre mère, Lisa sort de
l'orbite maternelle pour intégrer l'US Air Force. Vétéran de la
guerre en Irak, elle bifurque et se retrouve à accompagner la
star hispanophone Raphael dans le monde entier pendant quelques
années. La reconnaissance aux Etats-Unis viendra un peu plus tard
avec le groupe phare du courant acid-jazz Liquid Soul (nommé
aux Grammy Awards). Le chemin de la scène se faisant de plus en plus
impérieux, c'est à Broadway que celle qui se fait appeler Simone prend
son véritable envol. C'est là qu'elle y apprend véritablement le «
métier ». Un vrai sacerdoce. Se produire quotidiennement, faire
frémir le public peu importe l'humeur et le moment.
Simone gravit rapidement les échelons. D'abord engagée comme
chanteuse remplaçante, ses prestations convainquent les productions de
lui offrir les premiers rôles. Elle enchaîne les succès dans des
shows à gros budget (Rent, Aïda, Le Roi Lion...) et atteint la
consécration et se voyant remettre le National Broadway Theater
Award (Meilleure Actrice dans une comédie musicale). L'événement
est tel que Nina vient spécialement du sud de la France (où elle réside
dans la ville de Carry-le-Rouet) pour assister au succès de
sa fille unique : joli moment de retrouvailles après tant
d'années. Mais un bonheur vient rarement seul. Nina décède peu
après. Simone part en France pour s'occuper de la complexe succession
de sa mère. La coupure avec Broadway est brutale, mais elle coïncide
avec d'autres aspirations. Peut-être aura-t-il fallu que Nina quitte
la scène du jazz pour que Simone ressente le besoin (ou ose
!) de s'y mesurer. Lisa ne revient pas à Broadway et se produit alors en
dehors des Etats-Unis dans le cadre de tournées internationales avec
d'autres stars. D'abord avec les Daughters of Soul (Lalah Hathaway,
Nona Hendrick, Indira Khan...), puis avec Sing the Truth (Dianne
Reeves, Angélique Kidjo, Lizz Wright).
Simone devient Lisa Simone en croisant la route d'Hervé Samb début 2014. Une belle histoire de compagnonnage entre deux musiciens accomplis débute. Electron libre de la scène jazz parisienne, Samb a lui aussi pas mal bourlingué. Né à Dakar, résident new-yorkais (où il a collaboré entre autres avec Meshell Ndegeocello, Jimmy Cliff, Amadou et Mariam) puis parisien, il est l'un des fers de lance du son africain d'aujourd'hui, à la croisée du blues, du jazz, de rythmiques ancestrales comme de la pop. A l'instar d'autres protagonistes de sa génération, Samb positionne l'Afrique dans l'actualité. Il donne le change à la création européenne actuelle, loin des clichés habituels sur la musique africaine traditionnelle, et développe un langage musical inédit puisé dans les différentes cultures qui l'habitent. Cette rencontre prend tout son sens dans la lignée des Simone. Nina bien sûr avait en son temps souvent œuvré à contre-courant pour «son peuple». Lisa, à sa manière, continue le chemin tracé. Aux côtés d'Hervé Samb, on entend un des bassistes les plus en vue de ces quinze dernières années, l'Afro-Américain Reggie Washington, et l'ardent batteur guadeloupéen Sonny Troupé. La diaspora est réunie, le projet fait sens.
les chœurs, ainsi que par celles des musiciens qui apportent un contrepoint saisissant notamment sur le titre éponyme My World. L'intérêt majeur de cette production repose en effet sur le placement vocal, une forme d'expression humaine primitive, comme pour faire résonner pleinement le message de paix intérieure si cher à Lisa Simone.