Avec Courchevel, Florent Marchet confirme son goût pour le romanesque et les plongées dans les provinces françaises qui lui sont chères : 11 chansons, 11 cartes postales pop, de vrais instantanés. Ici l'invitation au voyage nous entraîne vers autant de destinations que l'album comporte de chansons : des pistes de ski à l'Île de ré, en passant par la plage de Narbonne ou encore Roissy... Ce faisant, il livre une véritable galerie de portraits.
Certes, Florent Marchet est auteur, compositeur, arrangeur mais il est, plus que jamais, interprète et c'est bien à l'art du comédien qu'il emprunte pour nous conter la trajectoire de ses personnages. Un dénominateur commun dans ce bouquet d'histoires chantées : la violence des sentiments qu'il prend à bras le corps sur fond de modernité. Pour preuve : l'incrédulité et la culpabilité d'un homme qui finit par comprendre qu'un drame se joue en plein ciel, dans l'avion de sa compagne. Nous reviennent en mémoire les messages téléphoniques surréalistes des passagers des avions du 11 septembre. Ou encore : une femme interroge le silence criant qui la sépare de son amoureux et tente de lui donner une « énième » chance. Il y a aussi Benjamin qui fuit comme la peste le passage à la vie d'adulte sous le regard tendre de ses amis. Ces personnages, on les a tous croisés. Peut-être même s'agit-il... de nous. Ainsi un salarié décrit, non sans l'humour de la colère, le voyage que son entreprise lui destine : un départ en « charrette ». Un autre tente de s'extraire du conformisme ambiant et de s'inventer une vie loin des petites ambitions rassurantes de la famille parfaite : la bien connue « famille Kinder ». Ailleurs, une jeune fille piste son idole avec un jusqu'auboutisme qu'elle finira peut-être par regretter...
Ironie imparable. Émotion cathartique. Ce petit monde, conté à hauteur d'homme, est évidemment le nôtre.
Et comme tout artiste, Florent Marchet a ses « guides de haute montagne ». Il y a tout d'abord les compositions issues du cinéma mythique des années 60 et 70 : François de Roubaix, Michel Magne ou encore Michel Colombier. Ces génies musicaux, il aime les confronter à ses influences modernes : Phoenix, Grizzly Bear, The Archive Fire, Ratatat, Beck, Blonde Redhead, MGMT ou encore Lily Allen. Ayant à cœur de réaliser une synthèse toute personnelle entre cet héritage musical et une contemporanéité foisonnante, il a donc exploré la fibre organique de ses Clavinet, Rhodes, Prophet 5, Philicorda, vieilles boites à rythmes et autre String Machine (qu'il a été chercher aux quatre coins de la planète). Le résultat : un recueil de pop lumineux. Ici les orgues se mêlent aussi bien au piano de prédilection qu'aux cordes folk et aux programmations singulières, non sans laisser une juste place aux cuivres.
Collaborations inédites : on entendra résonner les rythmiques surprenantes du malien Mamadou Koné Prince, venus tout spécialement au studio Nodiva pour imprimer sur l'album l'écho de ses calebasses, de même que le son des guitares de Remi Alexandre (Syd Matters) et Seb Martel ou encore la voix de Jane Birkin dans un duo très inattendu. Les mixeurs Alf (Air, Sophie Hunger), Julien Delfaud (Phoenix) et Stéphane Prin (Jean-Louis Murat) ont également apporté une couche de neige sur Courchevel. Sans oublier Anthony Goicoléa (artiste New-yorkais que Florent admire depuis plusieurs années) et Matthieu Dortomb (photographe déjà croisé sur Frère Animal ) qui ont apporté à notre chanteur passionné de photos d'art un témoignage élégant et décalé à ce voyage...
Florent Marchet est libre, il est lui-même. N'est-ce pas aujourd'hui l'une des exigences les plus difficiles à tenir ? Ce n'est, en tout cas, pas un hasard si, parcourant Courchevel, vous croiserez un instrumental intitulé « Hors piste »."