Le Dimanche 09 Juillet 2006 Ã 12h19 - Avis sur l'artiste
Fraggle
8 critiques
Le 04/07/2006 - Le Zénith, Clermont- Ferrand.
Un lourd rideau de velours rouge est tendu au fond de la scène. L'homme arrive, accompagnés de ses quatre cow-boys. Un signe de tête, et c'est parti avec « Maggie's Farm ». La voix est puissante et les paroles intelligibles. Tout le contraire de ce qu'affirment les rumeurs qui courent depuis trop longtemps. Les musiciens sont aux ordres, ils ne quittent pas le poète des yeux lui qui, planté derrière son clavier, distribue solos et chorus et donne le ton en permanence.
Deux joyaux brilleront particulièrement lors de ce concert : tout d'abord « Boots of Spanish Leather », poignant comme une lettre de rupture. Ensuite « Positively 4th Streeet », méprisante et acide. Deux raretés que l'on retrouve ici comme de vieux amis que l'on a perdus de vue ; ils ont changé mais leur présence fait chaud au cœur.
Le rappel arrive déjà . « Like a rolling stone « et « all along the watchtower » sont joués comme une charge de cavalerie. “There must be some way outta here” nous dit-il. En effet il y a une sortie. Nous allons même nous y retrouver plus tôt que prévu. 1 heure 30 de concert. Pas plus. Un peu léger. Mais à bien y réfléchir, 1 heure 30 de magie et de poésie, ce n'est déjà pas si mal...
Le Mercredi 02 Novembre 2005 Ã 18h28 - Avis sur l'artiste
Fraggle
8 critiques
Le 01/11/2005 - Bruxelles, Forest National.
Aborder un concert de Bob Dylan est rarement chose facile tant l'homme est ambivalent. Poète, rocker, chanteur contestataire, père de famille, compositeur décoré et oscarisé, les poncifs se bousculent à son sujet.
Au-delà de l'icône qu'il est devenu, une question subsiste : pourquoi ? Pourquoi s'être engagé en 1989 dans ce « Never Ending Tour » dont le nom est plus qu'une promesse. Pourquoi ne pas faire comme certains de ses « collègues » des années soixante en se contentant d'un petit album tous les cinq ans assorti d'une tournée mondiale histoire de relever les compteurs (non, je ne nommerais personne) ?
Tout simplement parce que l'art dylanien ne peut s'appréhender que vivant. Ces chansons sont faites pour être jouées. Dylan en est conscient et tel Hank Williams, il est ce cow-boy qui va de ville en ville raconter ses histoires en musique.
En entrant dans la salle, une première surprise : son oscar (reçu pour la BO du film « Wonder Boys ») trône sur son ampli. Vanité déplacée ou simple décoration d'un goût douteux ? Nous n'en saurons pas plus.
Arrivée su groupe et deuxième surprise: exit les brillants Charlie Sexton et Larry Campbell aux guitares. A leur place, nous avons deux nouveaux bretteurs : l'un ressemble à un texan qui vient de descendre de cheval (Stu Kimball, brillant et incisif), l'autre à un prof d'histoire-géo (Danny Freeman, au jeu plus posé mais moins incisif). Un coup d'œil au bassiste, ouf, le fidèle Tony Garnier est toujours là .
Dylan s'installe derrière le piano, choisit ses harmonicas et là c'est le choc : « To be alone with you » lance le concert et l'on sent que l'on va assister à un grand moment. La voix est là , le groupe est soudé et Dylan distribue les soli d'un signe de tête (mention spéciale à Donny Herron pour son incroyable travail à la pedal-steel et au violon).
Les classiques sont là (« The times they are a changin' », « Highway 61 revisited »....) mais Dylan a ce soir d'autres atouts dans sa manche. Tout d'abord « Cold Irons Bound » et son ambiance de fin du monde qui fera trembler le Forest National, mais aussi (et surtout) « John Brown », rare chanson racontant comment un jeune homme devenu soldat pour faire la fierté de sa mère reviendra chez lui à jamais défiguré.
L'émotion sera à son comble sur “ Masters Of War “ et “ Girl From The North Country” Et le concert se finira en apothéose sur “All Along The Watchtower”.
Défiant le temps et la légende, Dylan répond à la question que nous nous posions au début. Pourquoi continuer ? Pace qu'aucun carcan ne pourra jamais enfermer cet homme, quel qu'il soit. Il a fait de sa vie une œuvre d'art, faisant fi de toutes les contraintes personnelles, artistiques ou commerciales .Tel un Molière électrique ou un Johnny Guitar Watson folk, il finira sur scène. Plus que son destin, telle est sans doute sa volonté...